Curie provinciale: 3645, Avenue Kasapa Lubumbashi. République Démocratique du Congo. secprobeafofm@hotmail.fr

24 décembre 2021

Vœux de noël du ministre général

Rome, le 8 décembre 2021

A tous les Frères Mineurs de l'ordre

A toutes les soeurs Pauvres de l'Ordre de Sainte Claire

Aux frères et amis de notre Ordre


Chers Frères et Sœurs, Que le Seigneur vous donne la paix!

Je voudrais m’introduire avec vous dans les sentiments de saint François, quand au cours de la Noël de 1223, il exauça son impulsion inquiète et s’enfila entre les rochers et les bois autour du village de Greccio. Non pas seul mais accompagné par ses frères et par une humanité simple et pauvre, une humanité faite de paysans, de gens humbles.

Ce qui a amené frère François à vivre ce Noël ce fut le désir irrésistible de voir de ses yeux la pauvreté dans laquelle le Seigneur Jésus voulut naître. Et cela afin de croire que Lui – crucifié et ressuscité - était présent, vivant et glorifié dans l’Esprit Saint, caché sous le peu d’apparence du pain jusqu’au jour de son retour.

 Claire vivra de ce même regard de stupeur et d’amour qui nourrit sa foi et la concentre sur la pauvreté de Jésus, de sa naissance, au long de toute sa vie, jusqu’à la Croix. La vie de Claire est transformée et rendue en tout semblable au Christ pauvre, tout comme celle de ses sœurs.

 Voir et croire sont deux verbes, nous le savons bien, centraux en saint François.

 Voir nous rappelle l’aspect physique de la foi de François: il ne lui suffit pas de penser, mais il veut voir avec ses yeux, toucher avec ses mains, humer avec ses narines, entendre avec ses oreille, savourer avec sa langue. En somme, toute sa personne, ses sens, sont mis en mouvement par le désir, par ce qui l’émeut au plus profond. La foi est simplement vie pour lui.

 Je me demande si j’ai encore fort en moi le désir de voir et de toucher le Seigneur. Peut-être qu’autre chose me touche beaucoup plus. Alors j’ai besoin comme François de sortir de de ma zone de confort et de me mettre en route vers un lieu divers et parfois hostile auquel les bois et les rochers de Greccio font allusion. C’est ici que je peux écouter à nouveau ce désir qui habite en moi, dans le gémissement–même de la création, notre maison commune; voir le Seigneur Jésus dans le mystère de sa pauvreté et de sa faiblesse, m’ouvrir et nous ouvrir encore dans l’Esprit à une rencontre renouvelée avec Lui.

 C’est par la joie que François a vécu «physiquement» cette rencontre: il touche le corps du Seigneur dans l’Évangile, lu et écouté chaque jour; il le voit dans le lépreux, chez ses frères, chez les pauvres prêtres, chez les pécheurs; il voit la pauvreté de Jésus dans le paradoxe de la condition humaine, magnifique et en même temps vouée à la mort. Il observe dans les yeux cette fragilité, finalement libérée de l’amertume et de la mort.

De la rencontre avec Jésus fleurit pour lui la joie de la foi, le nouveau regard de l’homme ressuscité qui voit la présence de Dieu en toutes les créatures et pour ce motif le loue et Lui restitue tout bien.

Croire: la foi est enflammée par cette rencontre qui m’a touché et a laissé son signe dans la chair de ma vie. Notre croire individuel nait et est protégé par le grand «oui» de la foi de l’Église. Voilà ce qu’accomplit ce voir, ce toucher et se laisser rejoindre. Nous cherchons encore l’écho de ce «oui» dans le mystérieux voyage que, par des voies diverses, tant de gens font vers le Mystère.

Un croire sans voir pourrait réduire la foi à une idée, qui simplement n’a plus rien à voir avec ma vie et s’effondre, même si, extérieurement, on continue à accomplir des gestes religieux.

 C’est la joie le signe que notre foi est encore vivante; la tristesse et la lamentation sont la chambre à gaz de la foi qui lentement devient narcotique, perd le contact avec la dimension «physique» de notre chair, de la vie et se fait seulement intellectuelle ou moralisante. Ou bien disparait.

 Soyons vigilants, frères et sœurs bénis, car cela peut aussi arriver à nous et en effet cela se produit quand: je considère la foi comme automatique et je ne soigne pas avec créativité la vie de prière dans le silence et la contemplation, je perds le contact avec la parole de Dieu, je laisse l’Eucharistie devenir une routine, je ne recours pas joyeusement au Sacrement de la Réconciliation, je sépare la foi de la vie, je ne pardonne pas et je ne dépense pas ma vie pour les autres, je m’éloigne des pauvres et je m’adapte à une vie commode et garantie.

 Voir et croire, voici les pas de François, désarmants dans leur simplicité et profondeur.

 En ce Noël 2021 vivons encore l’attente du Seigneur qui nourrit la foi. Il est présent dans le clair-obscur de ce temps qui nous demande écoute, discernement et décision:

- la peur diffuse de la pandémie qui semble ne pas avoir fin et nous transforme, y compris quant au poste qu’y revêtent la science et la technologie, et cela partout désormais:

- la solidarité que tant de personnes ont manifestée sur le terrain dans cette émergence, comme nous n’y pensions pas;

- l’accumulation de migrants et réfugiés à tellement de frontières, avec le sentiment d’impuissance que cela provoque en nous;

- les signes concrets d’accueil et d’ouverture à l’autre, en payant de notre personne;

 - la souffrance de notre mère terre, rongée par la douleur de tant de femmes, d’hommes et d’enfants blessés dans leur dignité physique et morale;

 - les signes de résistance et de responsabilité pour l’avenir de la maison commune, surtout de la part des plus jeunes.

- les foyers de guerre, de terreur et de répression répandus dans le monde, et il y en a tellement que ce n’est plus une nouvelle;

- le travail silencieux de celui qui se fait de nombreuses manières ouvrier et médiateur de paix et justice.

 Cette liste pourrait continuer. Nous sommes appelés à célébrer Noël les yeux ouverts et capables de voir cette réalité en nous et autour de nous. Chacun de nous en partant de nous-mêmes faisons un pas vers ce bois de Greccio, parmi les rochers, pour voir un Enfant qui nait exactement dans cette pauvre réalité.

Pendant ce Noël je crois que je suis et que nous sommes appelés à renouveler notre manière de voir et de croire.

Ce qui le demande, c’est le temps que nous vivons et qui consume toute sécurité, aussi celle religieuse.

 Ce qui le demande c’est la dynamique même de la foi, qui est chemin, recherche, adhésion toujours renouvelée.

Ce qui le demande, c’est notre vie religieuse, qui aujourd’hui réclame une profonde signification rénovée dans les divers contextes où nous vivons de par le monde.

Et cette peur que peut-être nous avons encore de Dieu nous le demande aussi: rappelons-nous que Lui nous donne tout et ne nous retire rien; il s’offre lui-même à nous comme un père fait pour ses enfants; il nous révèle son visage de miséricorde et de grâce afin que vive notre humanité.

Ce qui nous le demande c’est le fait qu’aujourd’hui la foi perd du sens pour la vie de tant d’individus dans le monde et souvent aussi pour nous, qui avons choisi la suite du Seigneur.

François nous surprend comme toujours, et nous indique le chemin qui porte à Greccio, c’est à dire vers les lieux distants, loin des grandes routes, pour redécouvrir justement ici la possibilité d’un croire nouveau, riche encore aujourd’hui de vie et d’avenir, à rechercher comme des pèlerins dans la nuit.

Mon souhait pour ce Saint Noël de 2021 est tout en ceci : que nous puissions ouvrir les yeux dans l’Esprit Saint et croire au mystère de la pauvreté de Jésus et de sa Très Sainte Mère. Et de ces «yeux spirituels» laisser rallumer la flamme de la foi. Enflammés par le feu de l’Esprit Saint, nous deviendrons de plus en plus incandescents contre tout immobilisme gelé de notre cœur. Nous serons ainsi, dans les différentes parties du monde que nous habitons, ce signe prophétique que nous sommes appelés à être par vocation, présence du Christ crucifié et ressuscité pour chaque frère et chaque sœur que le Seigneur nous donne de rencontrer.

Voilà le signe prophétique que François et Claire ont étés dans la chaleur de leur foi qui fut une recherche humble - et non pas possession – de la Présence du Vivant dans toutes les créatures.

Voilà le signe que nous pouvons être chaque fois que nous ne craignons pas de voir et croire encore.

 Joyeux Noël, frères et sœurs,  et rappelons-nous mutuellement au Seigneur qui vient.    

 

 Votre frère et serviteur

Frère Massimo Fusarelli, ofm

Ministre Général

 

 Source: https://ofm.org/blog/christmas-greetings-from-the-minister-general/


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

À LIRE AUSSI